


Huit ans plus tard, persuadé que son intuition s’inscrit dans le projet de Dieu, il en fait part à Marguerite Lecomte et à trois de ses jeunes compagnes d’origine modeste qui savent lire. Envoyées par Jean Martin, sans autre fonds que la Providence, elles sont immédiatement prêtes à demeurer, seules, dans les hameaux perdus de Saint Hubert, de Befey, de Vigy et de Vry, prêtes à y partager le quotidien laborieux des gens pour leur enseigner les « choses nécessaires au salut ».
En communauté de destin avec les gens des hameaux, les jeunes femmes sont appelées par eux «Pauvres Sœurs de la Providence». Pour les Sœurs, c’est le début d’un long partenariat avec le projet de Dieu dans Sa « Bien-Veillance » sur ceux que l’ignorance prive de leur dignité humaine et de leur dignité d’enfant de Dieu.
Si les connaissances des Sœurs sont rudimentaires, sauf dans le domaine religieux, la pédagogie mise en œuvre est remarquable. Rappelant sans cesse le primat de la personne, Jean Martin initie les Sœurs à une bonne connaissance de la psychologie des enfants, de l’acte d’apprentissage, des principes d’une pédagogie active et interactive et développe la promotion des bons livres.
Dans la vie des hameaux, cette pédagogie est au service de «toute personne que vous saurez n’être pas assez instruite », des pauvres, des pécheurs, de ceux qui ont besoin de conseil, des affligés, des malades, des moribonds, des orphelins… Sans exclusive, l’éducation prodiguée donne une préférence aux « génies lents, et à ces pauvres qui, souvent étant mal habillés, ... causent du dégoût et de l'éloignement ».
Les Sœurs se doivent de pratiquer elles-mêmes ce qu’elles souhaitent transmettre aux autres. Dans le combat contre la misère, elles puisent la force nécessaire à leur mission, dans la méditation quotidienne de l’Evangile, la pratique de la pauvreté évangélique, de la simplicité, de la charité apostolique et de l’abandon à la Providence. Le plus souvent elles vivent seules, mais se soutiennent réciproquement.
Très vite, ce projet audacieux déchaîne critiques et attaques. Au courant de cette même année 1762, les autorités religieuses suspendent l’expérience sans toutefois fermer les 4 écoles existantes. Pourtant, avant la fin de l’année s’ouvre une nouvelle école à Séligny.
Au fil des années, la Providence suscitera d’autres Sœurs pour animer des écoles dans de nombreux hameaux de Lorraine.
Jean Martin Moyë



